L’accessibilité c’est notre fardeau

Le 8 novembre dernier, j’ai assisté avec plusieurs membres du RAPLIQ à la conférence de M. Richard Bergeron (chef de Projet Montréal), portant sur sa vision de ce que devraient être les nouvelles orientations de la Ville de Montréal en matière d’urbanisme. En fait, cette conférence consistait en la reprise d’une conférence ayant déjà eue lieu le 5 octobre dernier, dans un pub inaccessible aux personnes ne pouvant pas gravir des marches d’escaliers (telles les personnes se déplaçant en fauteuil roulant), alors que M. Bergeron était responsable de l’urbanisme à la Ville de Montréal.  Le RAPLIQ avait alors demandé la relocalisation de cette conférence dans un lieu accessible. Cette demande avait été jugée comme étant irrecevable par Projet Montréal, sous prétexte qu’il est très difficile de trouver des pubs accessibles à Montréal et que de relocaliser l’évènement à quelques jours d’avis causerait du tort aux « autres » personnes!!! Bergeron et des militants de son parti nous avaient alors répété à plusieurs reprises que, d’habitude, toutes leurs réunions avaient lieu dans des endroits accessibles. Malgré les demandes répétées de l’attachée de Bergeron de ne pas rappliquer, plus d’une dizaine de militantEs du RAPLIQ avaient protesté pacifiquement sur le trottoir en face du pub inaccessible. M. Bergeron, plutôt surpris et mal à l’aise de nous laisser ainsi sur le trottoir (malgré nos demandes de tenir cette conférence dans un lieu accessible à toutes et tous), nous avait alors promis de tenir la même conférence dans un lieu accessible dans les plus brefs délais.

Cette promesse fut tenue et, c’est dans ce contexte que nous nous sommes retrouvéEs dans une salle du Centre Marcel-et-Gabrielle-Lapalme, pour participer à la conférence de celui qui avait fait les manchettes au cours des jours précédents. Nous avons été soulagéEs de constater que de nombreuses personnes s’étaient déplacées pour cette deuxième conférence malgré la pluie de novembre: nous redoutions d’assister à une conférence « spéciale » pour celles et ceux qui avaient été exclus de la première!

Bergeron a commencé sa présentation en faisant mention de l’action du RAPLIQ lors de sa conférence précédente : « Vous m’avez rappelé à l’ordre très durement », nous a-t-il lancé. Lors des jours qui ont suivi notre action, j’ai surtout eu l’impression que nous avions été trop gentils – Gandhi nous aurait trouvé trop pacifistes, j’en suis certaine. Comment des gens peuvent-ils refaire le monde en en laissant une partie sur le trottoir? Le 5 octobre dernier, Bergeron nous a rappeléEs à l’ordre très durement – notre exclusion n’est toujours pas perçue comme étant inacceptable.

Bergeron a continué en expliquant que sa présentation serait identique à celle du 5 octobre dernier, à l’exception de l’ajout d’une diapositive. Il a d’abord fait une présentation intéressante de l’histoire de l’urbanisme dans le Plateau Mont-Royal. Nous oublions souvent que plusieurs quartiers montréalais se sont développés avant l’arrivée de l’automobile et que la grande majorité des déplacements se faisait alors en tramways! C’est d’ailleurs ça le grand rêve de Bergeron: le retour des tramways à Montréal. Une grande partie de sa présentation était consacrée à un voyage à travers l’Europe, comptant quelques escales en Asie et aux États-Unis. C’est durant le récit de ce voyage que la nouvelle diapositive a été présentée (on remarque qu’elle est nouvelle car elle se distinguait nettement des autres en matière de design). Bergeron a lancé avec fierté que le tramway est le seul moyen de transport en commun universellement accessible, en nous rappelant que cela coûte très cher rendre notre métro accessible. J’ai été très surprise de le voir affirmer avec une conviction très profonde que le tramway était le seul moyen de transport universellement accessible. Je me souviens pourtant des obstacles rencontrés lorsque j’ai utilisé les tramways d’Amsterdam et de Berlin! Le tramway n’est pas un moyen de transport intrinsèquement accessible universellement. Il n’est un moyen de transport universellement accessible que si l’on le conçoit comme tel! Dans les villes mentionnées ci-haut, les tramways que j’ai utilisés étaient tous neufs. Toutefois, il était difficile d’y accéder car de nombreux arrêts n’avaient pas de trottoirs surélevés ou bien les rampes d’accès étaient brisées. Décidemment, Bergeron et moi n’avons pas fait les mêmes voyages en tramway! Le problème, ce n’est pas que Bergeron n’ait pas remarqué les problèmes d’accès que peuvent engendrer les tramways, au même titre que n’importe quel moyens de transport, s’ils ne sont pas correctement conçus. Le problème, c’est que Bergeron parle de l’accessibilité de ce moyen de transport comme s’il était dans mes souliers/mon fauteuil, alors que ce n’est pas du tout le cas!

La présentation de Bergeron s’est conclue peu après l’intervention de Linda, qui commençait à s’inquiéter de l’arrivée prochaine du transport adapté de plusieurs personnes : « C’est parce que nous avons des questions à vous poser M. Bergeron », lui a-t-elle dit, un peu gênée mais pas trop. Linda a été la première à intervenir. Avec un petit sourire en coin et une voix ferme, elle a demandé à Bergeron s’il comptait rendre le nouveau quartier général de son parti accessible. Linda lui a alors présenté une photo de l’entrée du quartier général, sur laquelle on peut voir qu’il y a une belle marche à l’extérieur. Quelques jours après le 5 octobre, alors que nous nous étions fait dire et redire que Projet Montréal tenait habituellement ses activités dans des lieux accessibles et que nous l’avions cru, nous avons été consternés de voir que le parti dévoilait fièrement la fringante enseigne de son nouveau quartier général sur la rue Notre-Dame. Ce que nos yeux ont remarqué, ce n’était pas la nouvelle enseigne mais plutôt la marche à l’entrée – oui, la marche qui fait en sorte que le nouveau quartier général de Projet Montréal ne soit pas accessible!

Bergeron, visiblement embarrassé, s’est alors empressé de s’engager à rendre le local accessible d’ici un mois. « Vous ne pouvez pas nous reprocher le fait que ça ne soit pas accessible. Toutefois, une fois que nous sommes au courant, si cela n’est pas fait d’ici un mois, là vous aurez quelque chose à nous reprocher », a-t-il répondu à Linda. Il a continué en affirmant: « L’accessibilité c’est votre bataille. Ça vous appartient. C’est votre fardeau. » Nous sommes plusieurs paires d’oreilles à avoir été abasourdies par ces derniers mots. L’accessibilité c’est notre fardeau? Et vous dites que vous voulez nous proposer une autre façon de vivre en ville?

Aujourd’hui, je me console en me disant que des hommes ont un jour réagi de la même façon face aux femmes qui ont commencé à lutter pour la reconnaissance de leurs droits, qu’il y a à peine quelques décennies des Blancs n’avaient pas trouvé de meilleures réponses à donner face à leurs concitoyens Noirs qui ne pouvaient pas s’asseoir à leurs côtés dans les autobus publics, qu’encore aujourd’hui des hétérosexuels n’ont pas compris l’importance de soutenir des évènements comme la fierté gaie.

J’imagine que je suis chanceuse. Un jour, je pourrai dire à mes petits-enfants qu’à mon époque, il y a des gens qui osaient inaugurer des endroits dits publics qui étaient inaccessibles, en se disant que l’accessibilité était notre fardeau. J’aurai l’air d’avoir vécu dans une époque très lointaine avec mes milles et une histoires incroyables.

*Le RAPLIQ collabore présentement avec Projet Montréal afin de les aider à respecter la promesse de Bergeron de rendre leur quartier général accessible avant le 8 décembre.

11 réponses à «L’accessibilité c’est notre fardeau»

  1. Wassyla Hadjabi dit :

    Bon dieu, de bon dieu, cela m’écœure !

    Le comble : c’est notre fardeau

    Je suis tellement choquée que je ne sais plus penser ni rédiger. Je me reprendrais, je vous assure.

    J’adore ton article Laurence.

    LONGUE VIE AU RAPLIQ.

  2. Jeanne Dorais dit :

    En cette période ou il faut tourner sa langue plus de sept fois avant de parler; j’hésite à mettre le premier jet de ma pensée sur votre site, néamoins mettant un peu de témérité dans ma tranquile matinée, j’y vais. Parce que je vous admire Linda Gauthier et Laurence Parent du RAPLIQ et vous tous qui lutter pour vos droits dans ce monde qui vous cause bien des maux.
    Pour ce qui est de Monsieur Bergeron, juste un petit mot. Décevant! décevant qu’un urbaniste n’ait pas pris conscience que l’environnement créé des barrières. Le tramway , son rêve lui met des ornières . Gare aux chutes ! En tous les cas ma responsabilité à moi sera d’apposer mon X sur un bulletin de vote et ce ne sera pas pour Projet Montréal!

  3. Linda Gauthier dit :

    Ben oui, c’est exactement ça qu’il nous a dit M. Bergeron: « Notre fardeau » !

    « Notre lutte, notre combat » !

    Et bien soit ! De toute évidence, M. Bergeron n’a jamais lu « Notre Manifeste – Notre Refus Global ».

    En ce faisant, il pourrait ainsi mesurer toute la portée de cette « lutte », de ces « combats incessants », de ce « fardeau », lesquels nous avons à un moment donné cru que nos élus, partageaient avec nous…

    Si M. Bergeron lisait « Notre Manisfeste, il saurait vraiment que le RAPLIQ « réplique », que des « fardeaux » comme il dit, nous n’en n’avons que trop porté et que maintenant en 2010, ces « luttes » qui semblent nous appartenir, dans « ce monde selon Richard Bergeron », ce monde « beau, blanc, gentil, debout », ne resteront pas de « vaines luttes », mais deviendront invraisemblablement de « nombreuses victoires », revendiquées par le RAPLIQ.

    Nous avions cru que le fait de porter Projet Montréal au pouvoir, ne serait-ce que dans différents arrondissements, voire, fut un temps pas si lointain, au Comité exécutif de la Ville Centre, faisait en sorte que ces « alliés » nous mettraient la table, nous aideraient dans nos revendications…

    Et bien non. On nous a signifié « durement » que c’était « Notre fardeau ». Et bien soit, ça ne pouvait pas être plus clair, nous savons maintenant ce que nous « DEVONS » faire.

  4. C’est évident! M Bergeron ne comprend pas le principe de l’accessibilité universelle ni celui de la démocratie
    Donc permettez-moi de l’en informer.

    Les principes de démocratie et justice nous demandent de voter pour les personnes qui éventuellement ont l’obligation de soutenir notre ville. Ils sont payés pour mettre en place un juste urbanisme qui permettrait à toute la population de vivre en harmonie.
    Le principe d’accessibilité universelle créé par un architecte américain (Ron Mace)a été conçu pour rendre l’environnement physique et écologique accessible à toutes les personnes, sans obstacle pour aucune et aucun. Il parle d’équité, flexibilité, simple et intuitive, d’une approche et largeur d’espace pour faciliter la vie de chaque être humain et également des animaux. Il n’est pas uniquement pour les personnes handicapées.

    Dans les années60, les bateaux-pavés étaient construits principalement pour les personnes utilisant les fauteuils roulants; aujourd’hui, ce sont des facilitateurs pour différents groupes. «Accessibilité pour toutes et tous!» signifie toutes et tous incluant les personnes handicapées.

    L’accessibilité des transports et des bâtiments apporte un prestige à la ville. Dans mon Montréal, moi je vote pour un maire progressif en milieu d’urbanisme, et vous?

  5. Olivier dit :

    Enfin, un politicien qui s’assume. Effectivement, l’accessibilité est le fardeau de celles et ceux qui ont pris le temps de lire et de comprendre où nous enjoignent d’aller les chartes, lois et déclarations internationales signées par le Québec et le Canada et qui pensent que seule l’égalité des droits dans les faits peut être notre vision commune, notre projet quelque soit la ville où l’on se trouve. Elle est le fardeau de celles et de ceux qui voient que le respect des droits de chacunE est essentiel au respect des droits de toutes et tous.

    Merci M Bergeron. Du haut de votre bêtise, vous me rappelez que, malgré la rectitude politique ambiante, à l’occasion d’un discours où vous sortez de votre zone de confort dans laquelle vos vis à vis vous laissent habituellement, vous pouvez échapper votre pensée : le respect des droits de la personne incombre à celle ou celui que l’on discrimine, coupable de différence.
    Je ne sais si un jour l’argent public qui finance votre parti sera soumis aux respects de certaines règles quant aux droits de vos citoyenNEs mais vous pouvez compter sur toute mon ardeur pour que cela soit le cas au plus vite.

  6. Marie-Josée dit :

    Permettez-moi de vous dire franchement ce qui me dégoûte au plus haut point; c’est le mot « fardeau ». Comme si nous avions choisi d’être handicapé… Je déteste cette perception qu’ont ces gens ont de nous.. Un fardeau comme si nous étions de trop dans la société. Un boulet qu’on doit traîner en longueur de journée, comme un vrai prisonnier. Comme Sisyphe qui doit monter la montagne en roulant son rocher et le faire descendre (bien qu’on sait que ce n’est pas la même signification, mais l’image y représente un peu comme… un « lourd » fardeau, une condamnation). Sachant que la population est de plus en plus vieillissante, va-t-on dire que les aînés sont aussi un fardeau? Désolée, mais je m’offusque de ce mot qui n’a pas sa place dans une démocratie qui valorise la liberté et le respect de tous les humains, mais doit-on vraiment adhérer à ce préjoratif lancé de tout part? Je pense plus que la mentalité des politiciens et de la société en général est ENTIÈREMENT un fardeau pour nous, qui ne demande seulement un petit service qui nous donnera une entière liberté de sortir quand on veut et sans limite comme tout le monde!

    J’aimerais bien voir nos politiciens essayer en fauteuil roulant ou autre, pas certaine qu’ils vont garder cet esprit bien fermé. Pensez aux mamans avec leur poussette, aux personnes âgées, les enfants à bas âge qui marchent, les personnes handicapées qui ont tous, en commun… une limitation qui leur empêche de franchir les obstacles architecturaux, si minimes soient-ils.

  7. Patricia DALGUES dit :

    Bonjour à tous et toutes,

    C’est en étant l’amie de Linda GAUTHIER que j’ai pu toucher du doigt ces innaceptables problèmes d’accessibilté et de reconnaissance des personnes handicapées.

    Je suis française et parle comme je pense : ce cher imbécile de M BERGERON devrait se creuser un trou pour y mettre sa tête d’imbécile heureux!
    Comment peux-t’on organiser une conférence sur l’accessibilté dans un pub justement innaccessible????

    Comment peut-on oser dire qu’un handicap est un fardeau???? Tant qu’il y est une tare aussi…. Non mais sérieusement, on ne choisit ni les maladies, ni les accidents…on les subit, on les combat, on les surmonte autant que possible et surtout, par dessus tout, on reste digne, on reste une PERSONNE avant d’être une personne handicapée M BERGERON!!!!

    Comment peut-on dire qu’il faut un délai pour rendre un siège social accessible alors que l’on est censé représenté la défense et l’avancée de cette accessibilité??? Sérieux, vous n’auriez pas pu y penser dès le début à le rendre totalement accessible????

    Quand au métro, si! il peut être à 100% accessible; j’habite Toulouse, la 4ème ville française et aucune de nos stations est inaccessible. Notre nouveau tramway, inauguré la semaine passée, est effectivement lui aussi à 100% accessible mais beaucoup plus dangereux puisqu’au milieu de la circulation…
    Alors oui, rendre votre métro actuel accessible coûtera cher, mais votre ville dépense bien de l’argent à payer des personnes aussi peu empathiques et respectueuses que vous, alors il doit bien rester quelques sous pour que le fardeau que représente une sortie en métro dans votre si grande ville pour une personne en situation de handicap devienne un plaisir et ce le plus rapidement possible!!!

    Je vous souhaite à tous et toutes une pleine réussite dans vos batailles afin qu’un jour cette question d’accessiblité ne soit plus une question mais une évidence à prendre en compte.
    Je m’excuse si certains de mes propos vous ont choqués mais cet article m’a révoltée et mon sang latin a fait le reste.

  8. Geneviève Vanier dit :

    mmm, que répondre…

    « L’accessibilité, c’est votre fardeau. »

    C’est blessant. Surtout que je le crois un peu. On n’est jamais aussi bien servi que par soi même. Je me sens personnellement responsable de ce qui cloche autour de moi et j’ai envie de faire partie de la solution. Bravo au RAPLIQ en passant!

    Cependant, c’est un lourd fardeau, oui. En plus d’être une citoyenne responsable, défenseure des droits des étudiants, des femmes, des jeunes, des étrangers, de l’environnement, des personnes à mobilité réduite, … ça me fait beaucoup de chapeaux à porter parfois! C’est pourquoi nous avons besoin, en tant que nation, d’un tissus social fort, serré, bien tricoté! Ma contribution sociale ne se fait pas que pour ma propre personne, que pour les personnes handicapées, mais dans diverses sphères. Je partage les préoccupations de plusieurs, j’aspire à vivre dans un monde meilleur et ce sera lorsque les gens y seront mieux ou plus de gens y seront bien. Le bien collectif ou individuel de mes compatriotes me tient à coeur.

    J’aimerais que tous partagent cette préoccupation altruiste. Ou qu’au moins, on choisisse ceux qui le sont pour travailler sur le bien commun.

  9. Lise Dugas dit :

    Je suis profondément indignée du traitement que Monsieur Bergeron vous a fait subir. Son «fardeau» à lui, il est bien pire que celui des personnes en situation de handicap, c’est son étroitesse d’esprit, son incapacité à l’empathie, son absence de vision de ce qu’est la solidarité sociale, la justice sociale et la liberté associée à la mobilité.

  10. gaetane judd dit :

    Bonjour Linda merci d’exister et de travailler aussi fort pour nous ouvrir des portes et de faire tomber les différences. J’apprécie beaucoup les reportages et les entrevues.

  11. claire passaretti-savage dit :

    Ceci me déegoute tellement que je ne peux que dire :
    NOTRE fardeau ! Je ne sais pas mon cher monsieur Bergeron si vous connaissez la phrase anglaise –
    « What goes around, COMES AROUND !  »

    Claire Passaretti-Savage