Survivre avec le transport adapté

*Cet article est publié dans l’édition du Devoir du 25 juillet 2011

Lorsque j’ai lu l’article de La Presse ‘Un jeune handicapé abandonné par le transport adapté de la STM’, ma réaction fut la même que si un article avait eu pour titre ‘’Un nid de poule découvert sur la rue Saint-Denis’’. Aucune surprise. Sur les réseaux sociaux, mes amis qui utilisent le transport adapté ont eu la même réaction que moi suite à la lecture de l’article. ‘’Un jeune abandonné par le transport adapté de la STM? Quelle surprise!’’ Nous partageons le même cynisme. Nous sommes pourtant des gens remplis de rêves et de projets. Mais quand vient le temps de parler de transport adapté, les étincelles dans nos yeux disparaissent. Le transport adapté nous handicape. Combien d’opportunités d’emploi nous ont glissées entre les doigts car nous ne pouvions nous déplacer facilement dans notre ville? Combien de jours (oui nous pourrions compter ça en jours!) avons-nous passé à attendre l’arrivée du transport adapté? Combien de fois notre transport adapté ne s’est jamais présenté? Combien de vendredis soirs avons dû passer à la maison malgré une belle invitation de dernière minute? Combien d’années devrons-nous attendre afin de pouvoir utiliser librement notre métro? 74.

Je me déplace en fauteuil roulant motorisé. J’ai commencé à utiliser le transport adapté en 2002 alors que j’étais âgée de 17 ans. Mes parents m’avaient rapidement donné un téléphone cellulaire. Cet outil s’était alors avéré fort nécessaire à ma sécurité. Vu de l’extérieur le transport adapté peut sembler être un milieu protégé pour les personnes handicapées. En réalité, les retards importants, l’absence de flexibilité, les erreurs de la STM ainsi que les difficultés à l’obtention d’un transport en font un système de transport stressant et très stigmatisant. J’ai d’abord tenté de vivre avec le transport adapté. J’ai échoué. J’ai donc appris à survivre avec le transport adapté. Commes des milliers de gens.

La mère de Simon El Akhoury a expliqué que lorsqu’elle a appelé le transport adapté de la STM en panique pour savoir où était son fils, son inquiétude a été prise à la légère. ‘’Mais calmez-vous Madame. Ce n’est pas si grave. Nous allons régler le problème’’ lui a-t-on répondu. Le transport adapté a proposé à Madame Asfar d’aller chercher son fils dans deux heures. Deux heures. Si la STM a besoin de deux heures pour aller chercher un client non-autonome qu’elle a déposé à la mauvaise adresse, imaginez combien de temps un client peut attendre s’il a  besoin de quitter le travail plus tôt à cause d’un sérieux mal de tête? Il attendra la fin de la journée. Ce type de demande risque fort bien de ne pas être traité.

Le transport adapté est présentement en pleine expansion. Les besoins explosent d’année en année. La population vieillit, les personnes handicapées participent (tentent de participer) de plus en plus à la société et notre système de transport régulier est très peu accessible. Tout est là pour causer une  hausse exponentielle des besoins. Pour tenter de répondre à la demande, la STM fait de plus en plus affaire avec des services de taxi. Plus de 85% des déplacements sont maintenant effectués par des taxis. Ces chauffeurs de taxi reçoivent une formation de quatre heures. Quatre heures. C’est tout. Bien entendu, certains chauffeurs font très bien leur travail malgré les conditions de travail beaucoup moins avantageuses que les chauffeurs de minibus de la STM. Il n’en demeure pas moins qu’il existe maintenant un système à deux vitesses au sein même du transport adapté. Comment la STM peut-elle se surprendre de l’histoire de Simon El Akhoury alors qu’elle n’offre que quatre heures de formation aux chauffeurs de taxi effectuant plus de 85% des déplacements? Leur surprise n’est pas sincère. Elle est fabriquée de toutes pièces.

La STM affirme que la mésaventure de Simon El Akhoury est un incident isolé et rarissime.  Elle est plutôt le résultat des lacunes d’un système qui n’arrive même pas à répondre adéquatement à des besoins simples et essentiels.  Le transport adapté de la STM est déficient. Le fait que la STM délègue de plus en plus ses responsabilités au secteur privé en négligeant la qualité des services est alarmant.

Plus que jamais nous ne vivons pas avec le transport adapté. Nous survivons.

11 réponses à «Survivre avec le transport adapté»

  1. Linda Gauthier dit :

    Excellent texte !

    Meilleur portrait qu’on puisse donner de la situation actuelle du transport adapté de Montréal.

    On n’en peut plus de se faire prendre pour des idiotEs et de se laisser raconter n’importe quoi. Il n’est plus minuit moins cinq ! Il est minuit ET cinq !

    Il est grandement temps de dénoncer ces horreurs et de clamer haut et fort notre insatisfaction ! IL NE FAUT PLUS JAMAIS ACCEPTER L’INACCEPTABLE !

    EUX, accepteraient-ils des « incidents » de la sorte ? Si c’étaient EUX ou leur enfant ? Je ne crois pas…

    Arrêtons de survivre, parce que c’est vivre que nous voulons !

  2. Marie-Eve Veilleux dit :

    Bonnes questions, Linda! Il faudrait que les dirigeants et employés du Transport se mettent dans nos souliers pour comprendre vraiment les problèmes… et les répercussions sur nous, sur notre travail, sur notre santé, sur notre sécurité, etc. Et pas seulement pour une petite journée « exploratoire »…

  3. Marie-Josée dit :

    Faut-il aussi que les clients aident un peu afin d’éviter des reatrds inutiles. Il y en a qui n’ont pas encore compris le principe du porte à porte et pour ne pas faire de discrimination, j’en ai connu beaucoup de personnes âgées qui croient que tout est dû. J’ai déjà été témoin d’une cliente hyper frustrée parce que le chauffeur a essayé de la rejoindre par intercom et la dame aurait dû descendre, attendre au hall d’entrée. Ou de mal prioriser le transport: Privilégier une personne pour du bénévolat au lieu d’une personne qui travaille! La frustration totale!

    Il y a aussi la sécurité dans le transport adapté. J’ai été attaquée par un client (j’étais en avant et le client en arrière de moi), il m’a empoigné par les poignets. Si je me débattais, ça le rendait agressif et si je me calmais, il me laissait tranquille, mais sans lâcher mes poignets. Le chauffeur a laissé cet épais sans surveillance. J’ai passé à un cheveu de porter plainte. J’ai revu ce même client et là, il était tout tranquille, il avait pris sa médication ou je ne sais quoi. Tout pour dire qu’on ne se sent pas totalement en sécurité et je sais qu’en général, c’est d’énorme stress pour pas grand-chose. Même moi aussi, je suis assez écoeurée qu’on nous prend pour des valises, qu’on ne sait pas ce qu’on sait, qu’on est une gang de personnes handicapées qui chialent tout le temps… Déjà que prendre le bus régulier comme tout le monde est déjà le mont Everest… J’ai bien hâte que ces personnes qui travaillent à la STM comprennent un peu la vraie de vraie réalité des personnes avec des limitations fonctionnelle. Un peu de respect et de civisme de leur part ne serait pas de refus. Je suis toujours là et je le serai toujours donc pas besoin de m’engueuler ou jeter sa rage sur moi parce que monsieur ne trouvait pas l’endroit où je restais (j’étais aux résidences de l’UdeM, c’est vraiment très mal situé…)

    Malgré tout ça, je dirais que 95% des chauffwurs (taxi ou bus), c’est du bon monde! Ils sont tellement sympa, fun à jaser! Je ne les oublierai jamais! Le reste, c’est presque des « faces de boeuf » ou des « pas 100 watts » dans le sens qu’ils ne prennent pas la peine de regarder leur feuille de route qui indiquerait ma condition physique et sensorielle (à moins que les répartiteurs oublient de leur en avertir, ce qui ne m’étonnerait pas…)

    Voilà ma petite montée de lait et j’avoue l’appréhender un peu mon retour dans le fameux réseau du transport « inadapté » à Montréal… Ils n’auront pas fini d’entendre parler de moi… 😉

  4. Laurence Parent dit :

    @Marie-Josée: Il ne s’agit pas de privilégier une personne qui fait du bénévolat par rapport à une personne qui travaille. Le problème est que le transport adapté n’arrive pas à répondre à tous nos besoins.
    Qui sommes-nous pour juger que le bénévolat d’un vaut moins que l’emploi de l’autre? Et surtout, pourquoi en sommes-nous au point de nous poser ces questions?
    Il faut être solidaires entre nous et exiger un service de transport adapté qui ne discrimine pas les usagers en fonction de leur emploi du temps!
    Les chauffeurs sont certes des bonnes personnes. Mais comment peut-on s’attendre à ce qu’ils répondent bien aux besoins des clients s’ils ne reçoivent que quatre heures de formation? Si la formation serait plus complète, la STM serait plus en mesure d’identifier les  »pas 100 watts » et  »faces boeuf »!
    Bon retour à Montréal! 😉

  5. Isabelle dit :

    Plus de service, plus de $$$ qui est amorti par l’usager. Les profits et les enveloppes allant a améliorer les infrastructures de la STM vont a la majorité, i.e. Le bus et le métro. Quand (et je précise quand) il en reste, celui-ci va au transport adapte.

    Il n’y a pas de comparatif puisque ce service a ce niveau n’existe pas ailleurs au Quebec.

    Ce service n’est pas parfait mais fonctionne avec ce qu’il a, pas grand chose…

  6. Marie-Josée dit :

    Laurence, j’ai rien contre pour le bénévolat, bien au contraire, mais c’est plus « libre », moins à la course alors qu’un emploi, cela exige que tu sois à l’heure à ton travail et tu ne peux pas trop te permettre d’arriver en retard souvent. Je ne disais que pour ça. 😉

  7. Anita Mathisen dit :

    Très bon texte Laurence!

    Les problèmes mentionnés dans ton article se retrouvent également chez les autres transporteurs de personnes handicapées.

    C’est encore une histoire d’ARGENT! Quand on donne le contrat du Transport Adapté au plus bas soumissionnaire… voilà le résultat!

    On dit que « le temps c’est de l’argent », alors, j’en ai perdu des millions.

    Et le stress, qu’est-ce que vous en faites? Le stress d’être en retard, le stress d’être obligé de savoir d’avance l’imprévisible.

    Anita

    • Linda dit :

      Bonjour Anita.

      Probablement que tu ne verras pas mon message parce que ça fait presque un mois que tu l’as posté, mais tu as tellement raison.

      J’ai laissé mon dernier emloi en 2004 parce que j’ai fait une poussée de sclérose. Pas dû au surplus de travail ! Dû au fait que je m’ajoutais près de 20 heures par semaine de transport adapté (attente et voyage) à mon 37.5 heures déjà existantes !

  8. Écoeuré de la STM dit :

    Moi aussi, je vis un calvaire avec la STM:

    Mon récit:

    http://www.metrodemontreal.com/forum/viewtopic.php?t=16107

    • Bonjour à vous tous,

      C’est la première fois que j’accède à votre site, je crois rêver car je ne savais pas qu’il existait un endroit qui me permette de vocaliser « mes peurs, mes frustrations, ma colère, mon impatience, mon écoeurement…et j’en passe » et ce, devant un service presque pourri « La STM Transport adapté ». J’étais mieux traitée lorsque je prenais l’autobus, pas le métro…accès impossible même quand de bonnes gens vous aident.

      J’ai 62 ans et je vis seule, j’ai des intervenantes (2) qui m’aident dont une comme intervenante en milieu d’habitation (Hapopex Bravo!) et l’autre comme intervenante psychosociale (Le Fil Bravo!). J’ai une ergothérapeute du CLSC très compétente et j’ai grâce à l’infirmière de mon CLSC un(e) médecin compétente mais surtout compréhensive et aidante.

      Si, je vous dis tout çà, c’est que j’ai attendu plus de 10 ans pour qu’on s’occupe de moi et encore aujourd’hui je dois attendre pour des soins qui changeraient ma vie vis-à-vis de mes déplacements et tout simplement de ma vie de tous les jours.

      Si, je n’avais pas été opéré et passé (3) mois en réadaptation, je n’aurais jamais eu tous ces services en plus de l’habitation. J’aurais continué à être frustrée par l’incompétence de certaines personnes des services sociaux.

      Le tout pour vous dire qu’enfin j’avais de l’espoir…jusqu’au jour de l’acceptation de ma demande pour le Transport Adapté!!! J’étais si heureuse de savoir qu’enfin ma douleur chronique serait atténuée par les services de cet organisme. Comme on dit en bon québécois « c’est quoi la joke ». Personnel arrogant et incompétent qui ont toujours raison (pas tous heureusement), attente d’une heure et plus, absence de transport, indifférence des agents(es), superviseurs. On a même osé me dire que c’était de ma faute si le transport n’était pas là ??? et on m’a fait attendre encore 1 1/2 heure avant d’envoyer un mini-bus. J’ai subi la frustration des gens d’un organisme en santé mental suite à mon retard pour deux rendez-vous (que je paie $).

      Et j’en passe, tout çà pour un service mal organisé, mal géré, etc…mais ce qui me fâche vu ma situation financière, c’est que je dois payer une carte mensuelle pour des services pourris que j’utilise moins de 10 jours par mois.

      Bon çà suffit car je pourrais continuer longtemps vu que c’est la première fois que je me vide de mes frustrations alors excusez-moi d’avoir pris autant de place mais MERCI! de me l’avoir permis. Je vous donne ma parole ici aujourd’hui le 20 mai 2013, que je vous enverrai mon 10$ ou je me présenterai au marché Boyer…c’est une promesse.

      Bonne chance!

      Suzanne