Accessibilité des terrasses montréalaises – Les personnes handicapées devront attendre

Le Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ) déplore la décision de la Ville de Montréal de donner un délai de cinq ans aux commerçants pour rendre accessibles leurs terrasses à tous sans discrimination fondée sur le handicap.  La décision de la Ville de Montréal fait abstraction des gains récents obtenus par les personnes handicapées ainsi que de leurs revendications.  De plus, cette décision ne permet pas de garantir la sécurité des personnes handicapées. Le fait que plusieurs terrasses se trouvent un peu partout sur les trottoirs met en péril la sécurité des personnes ayant un handicap visuel et les personnes handicapées se déplaçant avec une aide à la mobilité. Dans certains arrondissements, les personnes sont forcées d’utiliser la rue car le trottoir est bloqué par des terrasses. Les personnes ayant un handicap visuel perdent pour leur part leurs points de repère et doivent naviguer dans un environnement irrégulier parsemé d’obstacles.

Des solutions qui existent déjà

  • Plateau Mont-Royal : En juillet 2011, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a déterminé que l’inaccessibilité architecturale des terrasses dans l’arrondissement Plateau-Mont-Royal discriminait les personnes handicapées puisque plusieurs d’entre elles ne pouvaient y accéder. Les articles 10 et 15 de la Charte québécoise des droits et libertés interdisent la discrimination fondée sur le handicap ce qui comprend d’empêcher, par le biais d’obstacles architecturaux, une personne handicapée d’avoir accès, entre autres, à des restaurants. Une entente a été signée entre l’arrondissement du Plateau Mont-Royal, la Société de développement commerciale de l’avenue du Mont-Royal (SDAMR) et le RAPLIQ. Cette entente, qui a satisfait les trois parties, prévoyait la mise en accessibilité des terrasses pour la saison estivale 2012. Sept terrasses, dont quatre pour fumeurs, ont été exemptées dû à des impossibilités techniques identifiées par une firme d’architecture spécialisée en accessibilité universelle. Un dégagement de 1,8 mètre est prévu afin de garantir la libre circulation de toutes les personnes sur les trottoirs. Les commerçants devant rendre leur terrasse accessible ont bénéficié d’une réduction de 20% du coût pour l’obtention du permis.
  • Rosemont-Petite-Patrie : En mars 2012, le maire de l’arrondissement Rosemont-Petite-Patrie, M. François W. Croteau, a annoncé que toutes les terrasses de l’arrondissement seraient accessibles aux personnes handicapées cette année.
  • Hochelaga-Maisonneuve : Le 5 avril dernier, le RAPLIQ a été consulté par l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve à propos de leur règlementation qui entrera en vigueur au cours des prochaines semaines. Dans ce règlement, l’accessibilité universelle est un critère obligatoire pour l’obtention d’un permis d’exploitation de terrasse.
  • Sud-Ouest : Dès 2010, cet arrondissement a également adopté des mesures pour garantir l’accès aux terrasses aux personnes utilisant une aide à la mobilité.
  • Verdun : La situation est similaire aux mesures prises dans le Sud-Ouest.

Ces avancées significatives pour l’exercice des droits des personnes handicapées ne sont pas inconnues de Mme Jocelyn Ann Campbell, responsable du développement social et communautaire, de la famille et des aînés au comité exécutif de la Ville de Montréal. «Comment Mme Campbell peut-elle se réjouir d’annoncer que toutes les terrasses de la Ville de Montréal devront être accessibles d’ici cinq ans, alors qu’il a clairement été démontré que des arrondissements y était parvenus en moins d’un an? », s’interroge Linda Gauthier, présidente du RAPLIQ. «L’arrondissement du Plateau Mont-Royal avait pourtant sur son territoire un grand nombre de terrasses. Le défi a néanmoins pu être relevé sans problème majeur », ajoute-elle.

L’accessibilité est un droit

Le RAPLIQ s’inquiète de la vision de la Ville de Montréal à propos de l’accessibilité universelle. Mme Campbell affirme que l’amélioration continue de la qualité de vie des personnes ayant des limitations fonctionnelles est une préoccupation de la Ville de Montréal et que c’est dans cette optique que la Ville souhaite que les terrasses soient accessibles d’ici cinq ans. La mise en accessibilité d’installations ouvertes au public ne représente pas qu’une simple amélioration de la qualité de vie des personnes handicapées, mais bien une nécessité afin que celles-ci puissent exercer leurs droits en toute égalité avec les autres citoyens. «L’amélioration de la qualité de vie, c’est rendre notre ville plus verte, réduire la congestion routière et offrir davantage d’options de transport en commun, par exemple. Éliminer des obstacles rencontrés par les personnes handicapées, c’est bien plus qu’améliorer de leur qualité de vie.  C’est veiller au respect des droits les plus élémentaires de ces citoyens. C’est une responsabilité de la part des institutions et des gens que nous avons élu pour nous représenter», affirme Laurence Parent, vice-présidente du RAPLIQ.

Un délai déraisonnable

La Ville de Montréal a pris près d’un an à étudier la question de l’accessibilité des terrasses alors que le RAPLIQ, uniquement avec des ressources bénévoles, a mis sensiblement le même temps pour faire de l’accessibilité des terrasses une réalité dans un des arrondissements comptant le plus de terrasses sur le domaine public.

Le délai de cinq ans est tout-à-fait déconnecté de la réalité. La Ville de Montréal doit respecter ses diverses obligations, dont celles dictées par sa Charte des droits et responsabilités, les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés, ainsi que la Convention internationale des droits des personnes handicapées.

La position de la Ville de Montréal démontre malheureusement qu’il est préférable pour les personnes handicapées de recourir à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour que leurs droits soient respectés dans les plus brefs délais possibles.

Alors que le Canada célèbre le 30e anniversaire de la Charte canadienne des droits et libertés et la reconnaissance du droit constitutionnel à l’égalité et à la dignité, l’administration Tremblay a décidé que les personnes handicapées devront attendre le 35e anniversaire pour accéder aux terrasses montréalaises et circuler sur les trottoirs de la ville sans craindre pour leur sécurité.