Marché de l’emploi : Fermé aux personnes handicapées

Par Steeve Désaulniers

Ce texte fait partie du Collectif du RAPLIQ dans le cadre de la Semaine québécoise des personnes handicapées.

En novembre 2012, j’ai complété une technique en travail social au Cégep du Vieux Montréal. Je suis donc technicien en travail social. J’ai choisi d’étudier dans ce domaine, car le taux de placement est élevé. Toutefois, ce que je n’avais pas prévu, c’est que beaucoup de techniciens en travail social sont embauchés dans des organismes communautaires. Or, la majorité de ceux-ci ne sont pas accessibles. Il m’arrive donc souvent de postuler à des emplois intéressants, mais au bout du compte même si on me dit que j’étais un candidat intéressant, je suis rejeté, car je ne peux pas accéder physiquement au lieu de travail.
Il ne me reste alors que deux options : essayer de voir avec si l’employeur est prêt à rendre son organisme accessible ou le poursuivre devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Dans le premier cas de figure, l’employeur doit être assez ouvert d’esprit pour faire les démarches pour rendre son organisme accessible. Dans la seconde option, celle de poursuivre l’employeur devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, cela implique que je démarre ma relation professionnelle avec mon futur employeur par un conflit. Je me rappelle qu’il y a 30 ans ma mère se battait afin que j’aille accès à mon école primaire, car mon école n’était pas accessible. Or, en 2013, bien qu’il y ait de plus en plus d’édifices accessibles, il existe encore un grand nombre d’immeubles inaccessibles aux personnes handicapées et cela crée un obstacle à l’emploi.
Avant de devenir technicien en travail social, j’ai complété un certificat en droit. J’ai donc postulé à plusieurs reprises afin de travailler comme secrétaire juridique. Or, il m’est arrivé souvent de me buter au jugement négatif de mes employeurs potentiels. Bien évidemment, ils ne me disaient pas ouvertement qu’ils en avaient contre le fait que je sois handicapé mais je sentais un certain malaise dans leur regard et dans leur attitude. Je me souviens avoir été à une entrevue et avoir clairement senti la déception dans le regard de l’avocat qui me passait en entrevue. Étrangement, l’entrevue n’a duré que cinq minutes, car le poste avait déjà été comblé.
Nous nous targuons d’être une société ouverte. Nous nous disons accommodants, mais la réalité est différente. En fait, nous sommes accommodants et ouverts à la différence pourvu que cette différence ne vienne pas déranger nos habitudes. Embaucher une personne handicapée peut exiger des coûts financiers reliés à l’adaptation de son poste de travail. Des programmes de subventions existent afin de rendre un lieu de travail accessible, mais un employeur doit être prêt à accepter que les activités normales de son entreprise ou de son organisme soient temporairement chamboulées le temps que l’on procède à l’adaptation du poste de travail du futur employé handicapé.
Les employeurs, de même que la population en général, doivent également changer leur perception des personnes handicapées. On entend souvent dire qu’une personne « souffre d’un handicap ». La plupart de temps les personnes handicapées ne sont pas souffrantes. Elles sont très actives et ne demandent pas mieux que de travailler. Il serait temps que l’on cesse de regarder le handicap d’une personne pour s’attarder davantage sur leur « capacité » et leurs forces. Si la beauté est dans l’œil de celui qui regarde, la perception du handicap est aussi dans ce regard.
Steeve Désaulniers possède une technique en travail social et il siège au Conseil d’administration du RAPLIQ depuis septembre 2012.

Steeve DésaulniersSteeve Désaulniers détient une technique en travail social et un certificat en droit. Il siège au Conseil d’administration du RAPLIQ depuis septembre 2012.

Une réponse à «Marché de l’emploi : Fermé aux personnes handicapées»

  1. vincent dit :

    je suis très d’accord avec toi, j’ai été victime de situation semblable et sa devient très décourageant pour nous de chercher une emploi. Bravo pour ton texte et j’espère que cela va faire réagir certaine personne.