abaSOURDies : les sourd-es n’ont toujours pas accès au cinéma, au Québec !



Par Véro Leduc

Ce texte fait partie du Collectif du RAPLIQ dans le cadre de la Semaine québécoise des personnes handicapées.

En novembre dernier, Véro Leduc et Marie-Andrée Boivin, soutenues par des alliées, créaient le collectif abaSOURDies, afin de dénoncer les discriminations vécues par les personnes sourds et malentendantes au Québec. Parmi leurs cibles se trouve le manque flagrant de sous-titrage des films au Québec. En cette semaine des personnes handicapées, voilà un petit rappel de la situation à ce sujet.

Loin d’être une option, le sous-titrage est nécessaire afin que les droits des personnes sourdes et malentendantes soient respectés. Un film qui n’est pas sous-titré contrevient à la Charte québécoise des droits et libertés. De fait, bien que l’article 15 stipule que « Nul ne peut, par discrimination, empêcher autrui d’avoir accès […] aux lieux publics, tels les […] théâtres, cinémas […] et d’y obtenir […] les services qui y sont disponibles », les personnes sourdes et malentendantes (10 % de la population) n’ont toujours pas un plein accès culturel à la société, car la majorité des films diffusés au Québec par les salles de cinéma et les festivals ne sont pas sous-titrés.



Véro Leduc, étudiante au doctorat en communication et adjointe de recherche à l’école de travail social de l’UQAM, rappelle que selon l’Association des Sourds du Canada (ASC), l’auditoire potentiel des sous-titres ne se limite pas aux 340 000 personnes Sourdes de ce pays : Il existe 3,15 millions de Canadien-nes malentendant-es qui peuvent également bénéficier du sous-titrage. De plus, il a été prouvé que le sous-titrage améliore la lecture et l’écriture de personnes ayant un bas niveau de compétence en alphabétisation et 6,5 millions de Canadien-nes sont fonctionnellement analphabètes. Le sous-titrage aide également à l’apprentissage d’une nouvelle langue pour les personnes immigrantes. Finalement, le sous-titrage en français permet aux francophones d’avoir accès aux films anglophones et vice et versa. Bref, une adaptation pour un groupe de personnes peut donc bénéficier à d’autres groupes : selon l’ASC, c’est 30 % de la population qui bénéficierait du sous-titrage!

«On pense souvent que sous-titrer les films, c’est compliqué » renchérit Marie-Andrée Boivin, chargée de cours au programme Communication et Surdité au Cégep du Vieux Montréal et également coorganisatrice de la contestation. « Or, dit-elle, il existe des exemples de festivals qui sont passés à l’action et qui sous-titrent leurs films. Par exemple, le festival Cinéffable, l’équivalent d’Image+Nation à Paris, sous-titre en français l’entièreté de sa programmation! »

« Le retard accusé par le Québec en ce qui a trait au sous-titrage démontre bien que les lois actuelles ne réussissent pas à garantir les droits des personnes handicapées», suggère Laurence Parent, cofondatrice du Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ).

Le RAPLIQ, en collaboration avec les abaSOURDies, pense porter la cause devant la Commission des droits de la personne. Restez à l’affût, on a besoin de votre soutien! 

Pour plus d’informations : action.soustitres@gmail.com

Véro Leduc s’implique dans diverses luttes sociales depuis une quinzaine d’années, au sein de collectifs et d’organismes communautaires divers. Après une maîtrise en travail social, elle poursuit actuellement des études doctorales en communication sur la surditude, notamment en prenant ancrage dans sa propre expérience comme sourde oraliste, par le biais de son autobédégraphie C’est tombé dans l’oreille d’une Sourde. Chargée de cours à l’école de travail social de l’UQÀM, elle y est également chargée de projet dans le cadre du partenariat multisectoriel Cultures du témoignage (Mensah et al. 2011-2014).