Représentations audiovisuelles et handicap : une lutte sur le droit de (se) représenter

Par Joëlle Rouleau

Ce texte fait partie du Collectif du RAPLIQ dans le cadre de la Semaine québécoise des personnes handicapées.

Les représentations audiovisuelles du handicap retrouvées autant dans les journaux qu’à la télévision, au cinéma, au théâtre et à la radio sont d’une grande importance lorsqu’on réfléchit à la perception du handicap dans l’opinion publique ainsi qu’aux oppressions et discriminations vécues par des personnes en situation de handicap. D’une part, ces représentations sont relativement rares – par exemple, à chaque deux ans, on a la chance de voir les « meilleurs moments » des paralympiques, nous présentant des héros handicapés ayant « surmontés » leur situation.

D’autre part, les représentations de situation de handicap misent en scène de façon fictionnelle relèvent très souvent du stéréotype. La raison? Les stéréotypes servent à tourner les coins ronds, à relater des histoires qui font sens dans l’imaginaire collectif, que tous et toutes sont en mesure de corréler rapidement à des situations et contextes misent en scène pour divertir.

Ces représentations de notre monde moderne à travers les médias contribuent à construire une seule « réalité » fixe du handicap, servant majoritairement comme renforcement des aptitudes. Une grande partie de la population n’a pas encore vécu une situation de handicap, ou n’a pas rencontré une personne en situation de handicap, et ces représentations stéréotypées servent surtout à créer un « mythe » de « l’handicapé », réconfortant pour ceux et celles donc le corps apparaît comme « able-bodied ». De plus, ces représentations contribuent à nourrir ce sentiment d’oppression internalisée voulant que le handicap relève de l’exception et de l’individuel ; que la discrimination concerne uniquement l’individu en situation de handicap et que ce n’est pas le problème de la majorité. En réalité, le corps humain est constamment en situation de handicap, qu’on ne soit pas en mesure de courir 10 kilomètres ou qu’on ne soit pas en mesure de monter un escalier relève simplement du vécu personnel. Notamment, de par le vieillissement du corps, il n’est pas faux d’affirmer que l’expérience du handicap sera vécu par tous et toutes. Au cours de la vie d’une personne, ses aptitudes physiques et intellectuelles se transformeront, transformant dès lors ses « habiletés », et ce, qu’elle en soit consciente ou non.

Pour terminer, les représentations audiovisuelles du handicap constituent une bataille importante quant à la perception générale du handicap. Il nous faut prendre d’assaut ces représentations afin de pouvoir présenter l’éventail des diversités relevant des expériences personnelles et déconstruire les stéréotypes oppressants retrouvés dans l’imaginaire collectif. Il s’agit d’une avenue importante à considérer quant à la lutte pour la fin des oppressions liées au handicap et la discrimination internalisée continue à l’égard des personnes en situation de handicap.

Joëlle Rouleau est candidate au doctorat en communication à l’Université de Montréal. Elle s’intéresse principalement à la construction de l’identité et sa représentation dans l’image en mouvement au Québec. Elle croit formellement qu’une grande part de l’éducation face à la différence se fait par l’entremise des représentations médiatiques.