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Semaine québécoise des personnes handicapées: Il est temps que les choses changent!

Dans le cadre de la Semaine québécoise des personnes handicapées, le RAPLIQ lance son premier bulletin regroupant des textes d’opinion de quelques-uns de ses membres. Le RAPLIQ souhaite créer un espace pour que les personnes handicapées puissent prendre la parole et partager des réflexions critiques sur le handicap.
Vous trouverez deux textes sur la discrimination en emploi, trois textes sur les conséquences de l’inaccessibilité du transport en commun et le traitement spécial réservé aux usagers du transport adapté, un texte sur une étude portant sur l’inaccessibilité des commerces, un texte sur les représentations audiovisuelles du handicap et un texte sur l’absence de sous-titres des films présentés au cinéma.

Bonne lecture!

« Lancement d’un rapport historique sur l’accessibilité des commerces au Québec » par Linda Gauthier
« La rage au cœur » par Laurence Parent
« L’accessibilité universelle, une question de dignité»  par Steeve Désaulniers
« Une nouvelle carte d’identité au Transport Adapté : prévoyez un accompagnateur supplémentaire, Big Brother s’invite chez vous! » par Julien Gascon-Samson
« Interdit aux limitations fonctionnelles » par Marie-Eve Veilleux
« abaSOURDies : les sourd-es n’ont toujours pas accès au cinéma, au Québec! » par Véro Leduc
« L’inaccessibilité du marché de l’emploi » par Steeve Désaulniers
« Représentations audiovisuelles et handicap : une lutte sur le droit de (se) représenter » par Joëlle Rouleau
« Deux semaines d’enfer au transport adapté » par Marie-Eve Veilleux

Lancement d’un rapport historique sur l’accessibilité des commerces au Québec

Par Linda Gauthier

Ce texte fait partie du Collectif du RAPLIQ dans le cadre de la Semaine québécoise des personnes handicapées.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) a rendu public son rapport sur l’accessibilité des commerces. Ce rapport a été réalisé avec la Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec (COPHAN).

Les terminaux au point de vente, plus communément appelés TPV Interac, appareils servant au paiement électronique par carte de débit ou de crédit, sont à l’origine de ce rapport.

Bref historique

Avril 2008 : Je constate que depuis déjà quelques mois les appareils me permettant de régler mes achats chez les différents commerçants que je fréquente sont de plus en plus souvent fixés au comptoir-caisse et qui plus est, enchâssés dans des socles. Je me déplace en fauteuil roulant et je découvre qu’un nouvel obstacle vient d’être créé. Je ne peux plus prendre l’appareil dans mes mains afin de composer mes données bancaires.

Par ailleurs, comme le terminal se retrouve maintenant rivé au comptoir se situant parfois jusqu’à une vingtaine de centimètres au-dessus des épaules de l’utilisatrice/teur, celle/celui-ci peine à atteindre les touches et n’est plus en mesure de lire ce qui se présente dans la petite lunette à cristaux liquides de l’appareil. (suite…)

La rage au coeur

Par Laurence Parent

Ce texte fait partie du Collectif du RAPLIQ dans le cadre de la Semaine québécoise des personnes handicapées.

Août 2002. Je viens d’avoir 17 ans. J’arrive à Montréal de ma campagne natale. Je sors de mon nouveau chez moi pour aller rejoindre mon meilleur ami au métro Mont-Royal. Le soleil éblouit la ville et ma tête. Je suis finalement à Montréal. Ma deuxième vie peut enfin commencer. Les manifs au Cégep du Vieux, les partys, les expos d’art, les shows, les sorties improvisées, les parcs et toutes les autres choses. C’est à ça que je rêve.

Ma mère et ma tante sont avec moi. Nous « marchons » jusqu’à St-Denis. Apparemment qu’il y a un bus qui pourra m’amener au métro Mont-Royal. Le métro à côté de chez moi n’est pas accessible. C’est correct. Je ferme les yeux. Manifs, un autre monde est possible, partys, nouveaux amis, expos d’arts et shows, je serai cool, sorties improvisées, ça commence aujourd’hui, parcs, nous serons délinquants et nous resterons au parc Lafontaine après 23 h, toutes les autres choses, je vous laisse les imaginer.

Nous arrivons à l’arrêt d’autobus après une petite éternité. La marche a été longue. L’autobus finit par arriver. Porte avant ou arrière? Le chauffeur est pris au dépourvu. On ne lui avait pas dit que je venais d’arriver à Montréal. On dirait qu’il aurait fallu que je prévienne la STM de mon existence. C’est compliqué. La rampe finit par sortir. C’est correct. J’ai les yeux grands ouverts et je vois les manifs, les partys, les nouveaux amis.
J’arrive au métro Mont-Royal. Mon ami m’attend depuis une heure. Je sais que le trajet m’aurait pris 20 minutes en métro. C’est correct. Je ne suis même pas frustrée. (suite…)

L’accessibilité universelle, une question de dignité

Par Steeve Désaulniers

Ce texte fait partie du Collectif du RAPLIQ dans le cadre de la Semaine québécoise des personnes handicapées.

Un des obstacles majeurs auxquels font face les personnes handicapées est l’inaccessibilité trop fréquente des lieux publics. Nous voulons toutes et tous prendre une part active dans les activités de notre communauté, mais bien souvent nous nous retrouvons face à des escaliers, des portes trop étroites et j’en passe. Trop souvent nous avons la « chance » de croiser un bon samaritain étant prêt à nous « aider », alors on pile sur notre orgueil et on accepte le « secours » de cette personne si dévouée. Mais ce que les personnes non handicapées ne réalisent pas, c’est que cette assistance pourtant si gentiment offerte contribue à maintenir les personnes handicapées dans une situation de dépendance envers la société, car si l’édifice que la personne handicapée fréquente régulièrement n’est jamais rendu accessible, elle devra rester dehors. (suite…)

Une nouvelle carte d’identité au Transport Adapté : prévoyez un accompagnateur supplémentaire, Big Brother s’invite chez vous!

Par Julien Gascon-Samson

Ce texte fait partie du Collectif du RAPLIQ dans le cadre de la Semaine québécoise des personnes handicapées.

Le 29 avril dernier, la STM a annoncé que tous les utilisateurs du service de transport adapté (TA) allaient obtenir une nouvelle carte d’identité. Cette carte jouerait un double rôle :
S’identifier au transport adapté, c’est-à-dire essentiellement démontrer que nous sommes bel et bien le client qui est indiqué sur la feuille de route du chauffeur.
Servir de moyen de paiement pour les utilisateurs qui paient leur transport à l’aide d’une passe mensuelle ou hebdomadaire.
Cette nouvelle carte d’identité est donc une carte OPUS munie d’une photo et qui peut recevoir les titres de transport comme une carte OPUS « régulière ». La STM annonce cette nouvelle carte comme étant un moyen pour simplifier la vie des usagers, puisque la même carte pourra servir à deux fins différentes. Or, il faut savoir qu’il y a un potentiel de danger en ce qui concerne la vie privée. Chaque carte OPUS est munie d’un numéro de série unique. Une carte OPUS peut appartenir à deux catégories :
Anonyme : carte sans photo et non enregistrée auprès de la STM.
Enregistrée : carte avec photo enregistrée (tarif étudiant, tarif âge d’or, employé/ancien employé STM, nouvelle carte d’identité au TA) ou carte sans photo enregistrée par l’usager auprès de la STM.
Un avantage des cartes enregistrées est qu’il est possible de récupérer les titres de transport en cas de perte ou de vol. (suite…)

Interdit aux limitations fonctionnelles

Par Marie-Eve Veilleux

Ce texte fait partie du Collectif du RAPLIQ dans le cadre de la Semaine québécoise des personnes handicapées.

En ouvrant mes courriels un après-midi d’avril, j’étais loin de me douter que je me retrouverais face à une situation qui me montrerait à quel point la discrimination fondée sur le handicap est profondément ancrée dans notre culture collective. Le courriel en question était une offre d’emploi pour un poste d’adjointe administrative au sein d’un comité privé d’éthique de la recherche. J’étudie en bioéthique, j’ai un baccalauréat en sciences, je suis une des personnes les plus organisées que je connaisse : je suis une candidate idéale. Erreur!
Plus bas dans l’offre, à la section « Condition(s) spéciale(s) », on peut lire noir sur blanc : « Ouvert pour limitations fonctionnelle : Non ». Voilà qui m’interdit de poser ma candidature, car j’ai moins même un handicap physique. Lequel? L’entreprise ne semble pas s’en intéresser. Aux dernières nouvelles, la Charte des droits et libertés interdit la discrimination fondée sur plusieurs motifs, dont le handicap, non? Verriez-vous une inscription « Ouvert pour minorités ethniques : Non »? Pourquoi alors cibler les personnes handicapées en leur disant « nous ne voulons pas de vous ici »? (suite…)

abaSOURDies : les sourd-es n’ont toujours pas accès au cinéma, au Québec !



Par Véro Leduc

Ce texte fait partie du Collectif du RAPLIQ dans le cadre de la Semaine québécoise des personnes handicapées.

En novembre dernier, Véro Leduc et Marie-Andrée Boivin, soutenues par des alliées, créaient le collectif abaSOURDies, afin de dénoncer les discriminations vécues par les personnes sourds et malentendantes au Québec. Parmi leurs cibles se trouve le manque flagrant de sous-titrage des films au Québec. En cette semaine des personnes handicapées, voilà un petit rappel de la situation à ce sujet.

Loin d’être une option, le sous-titrage est nécessaire afin que les droits des personnes sourdes et malentendantes soient respectés. Un film qui n’est pas sous-titré contrevient à la Charte québécoise des droits et libertés. De fait, bien que l’article 15 stipule que « Nul ne peut, par discrimination, empêcher autrui d’avoir accès […] aux lieux publics, tels les […] théâtres, cinémas […] et d’y obtenir […] les services qui y sont disponibles », les personnes sourdes et malentendantes (10 % de la population) n’ont toujours pas un plein accès culturel à la société, car la majorité des films diffusés au Québec par les salles de cinéma et les festivals ne sont pas sous-titrés.

 (suite…)

Marché de l’emploi : Fermé aux personnes handicapées

Par Steeve Désaulniers

Ce texte fait partie du Collectif du RAPLIQ dans le cadre de la Semaine québécoise des personnes handicapées.

En novembre 2012, j’ai complété une technique en travail social au Cégep du Vieux Montréal. Je suis donc technicien en travail social. J’ai choisi d’étudier dans ce domaine, car le taux de placement est élevé. Toutefois, ce que je n’avais pas prévu, c’est que beaucoup de techniciens en travail social sont embauchés dans des organismes communautaires. Or, la majorité de ceux-ci ne sont pas accessibles. Il m’arrive donc souvent de postuler à des emplois intéressants, mais au bout du compte même si on me dit que j’étais un candidat intéressant, je suis rejeté, car je ne peux pas accéder physiquement au lieu de travail.
Il ne me reste alors que deux options : essayer de voir avec si l’employeur est prêt à rendre son organisme accessible ou le poursuivre devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Dans le premier cas de figure, l’employeur doit être assez ouvert d’esprit pour faire les démarches pour rendre son organisme accessible. Dans la seconde option, celle de poursuivre l’employeur devant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, cela implique que je démarre ma relation professionnelle avec mon futur employeur par un conflit. Je me rappelle qu’il y a 30 ans ma mère se battait afin que j’aille accès à mon école primaire, car mon école n’était pas accessible. Or, en 2013, bien qu’il y ait de plus en plus d’édifices accessibles, il existe encore un grand nombre d’immeubles inaccessibles aux personnes handicapées et cela crée un obstacle à l’emploi.
Avant de devenir technicien en travail social, j’ai complété un certificat en droit. J’ai donc postulé à plusieurs reprises afin de travailler comme secrétaire juridique. Or, il m’est arrivé souvent de me buter au jugement négatif de mes employeurs potentiels. Bien évidemment, ils ne me disaient pas ouvertement qu’ils en avaient contre le fait que je sois handicapé mais je sentais un certain malaise dans leur regard et dans leur attitude. Je me souviens avoir été à une entrevue et avoir clairement senti la déception dans le regard de l’avocat qui me passait en entrevue. Étrangement, l’entrevue n’a duré que cinq minutes, car le poste avait déjà été comblé. (suite…)

Représentations audiovisuelles et handicap : une lutte sur le droit de (se) représenter

Par Joëlle Rouleau

Ce texte fait partie du Collectif du RAPLIQ dans le cadre de la Semaine québécoise des personnes handicapées.

Les représentations audiovisuelles du handicap retrouvées autant dans les journaux qu’à la télévision, au cinéma, au théâtre et à la radio sont d’une grande importance lorsqu’on réfléchit à la perception du handicap dans l’opinion publique ainsi qu’aux oppressions et discriminations vécues par des personnes en situation de handicap. D’une part, ces représentations sont relativement rares – par exemple, à chaque deux ans, on a la chance de voir les « meilleurs moments » des paralympiques, nous présentant des héros handicapés ayant « surmontés » leur situation.

D’autre part, les représentations de situation de handicap misent en scène de façon fictionnelle relèvent très souvent du stéréotype. La raison? Les stéréotypes servent à tourner les coins ronds, à relater des histoires qui font sens dans l’imaginaire collectif, que tous et toutes sont en mesure de corréler rapidement à des situations et contextes misent en scène pour divertir. (suite…)

Deux semaines d’enfer au transport adapté

Par Marie-Eve Veilleux

Ce texte fait partie du Collectif du RAPLIQ dans le cadre de la Semaine québécoise des personnes handicapées.

Quand on entend parler du service de transport adapté de la STM, c’est habituellement pour dire que les personnes handicapées sont chanceuses d’avoir un service adapté qui les transporte de porte à porte. Oui, ce service est essentiel pour de nombreuses personnes, dont moi, car seulement quatre stations de métro montréalaises sont accessibles et les autobus à plancher bas ont leurs propres problèmes de fiabilité (bris mécaniques, une seule place pour personne en fauteuil roulant, achalandage, etc.). Pourtant, quand je pense à ma relation avec ce service, « chanceuse » n’est pas le qualificatif qui me vient à l’esprit.

À titre d’exemple, voici deux semaines dans le merveilleux monde du transport adapté de la STM. Hum.

Un mardi, après le travail, chauffeur A croit important de me montrer une vidéo d’animal se faisant déchiqueter. Quand je demande dégoutée qu’il arrête la vidéo, il m’explique qu’il ne faut pas manger de saucisses parce que c’est comme ça que c’est préparé, avec les os et tout. Verriez-vous un chauffeur de la STM faire de la propagande comme ça?

Le lendemain, chauffeur B, pourtant muni d’un GPS, prend ce qui me semble être le plus long parcours imaginable pour se rendre à ma destination sur la Rive Sud. Finalement, il manque une sortie et près d’une heure plus tard me voilà en direction de Sherbrooke (la ville, pas la rue!). Un trajet qui prend habituellement 35 minutes a pris, cette fois-là, une heure et quart et ce n’est pas la faute de la circulation. En transport adapté, j’ai peu souvent le choix de l’itinéraire, soit parce que nous sommes jumelés à d’autres usagers, soit parce que le GPS est roi et maître à bord du taxi et les suggestions de la personne handicapée ne sont souvent pas les bienvenues. (suite…)